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mercredi 19 mai 2010

Gratulerer med dagen - l'après-midi

Pourquoi "gratulerer med dagen" ? Littéralement, cela signifie "félicitations pour ce jour", c'est la formule rituelle pour fêter son anniversaire à quelqu'un et c'est aussi la formule pour souhaiter une bonne fête nationale aux gens que l'on croise le 17 mai. C'est donc la première chose que j'ai dite à Leikny quand je l'ai retrouvée. Leikny, c'est une copine que je connais par Ine, elle est à la fac et elle est responsable du groupe étudiant Amnesty à Stavanger. Et elle était toute belle, dans son bunad originaire du Hordaland (la région de Bergen, au nord de Stavanger, donc):


Au passage, photo des armoiries de la Norvège et de Stavanger) :

Le blason rouge est attesté en tant que blason des Rois de Norvège depuis le 13ème. Je ne suis pas sûre qu'on voit grand chose sur la photo, mais il s'agit d'un lion tenant dans sa patte la hache de Saint Olav, qui est à la Norvège ce que Vercingétorix ou Clovis sont à la France. Le gugus a vécu au Xème (d'ailleurs, je lis en ce moment une saga dans laquelle il apparaît, c'est tripal) et est connu pour avoir évangélisé la Norvège.
Les 2 blasons bleus sont ceux de Stavanger. Cette forme existe depuis 1939, mais ce type de motif est attesté depuis 1591. Pour ceux que ça intéressent, voir ici

Tant que j'y suis dans les symboles nationaux, voici l'hymne norvégien. Son titre : "vi elsker dette landet", ce qui signifie "nous aimons cette terre", original pour un hymne, n'est-ce pas ?

Fin de la parenthèse culturelle. J'ai donc rejoint Leikny et ses 2 copines et nous avons assisté ensemble au défilé des Russ. J'avais déjà parlé me semble-t-il, de ces lycéens qui vont passer le bac mais font avant cela plusieurs semaines de festivités habillés en salopettes customisées. Le 17 mai les voit défiler et ils en profitent un maximum car c'est aussi le dernier jour de leur "russattitude". Maintenant, ils sont censés réviser. Et disons que l'ambiance du défilé des Russ n'est pas la même que celle du Barnetog... A bien des égards, ça m'a rappelé le crit, c'était marrant.

La tête du défilé :

Suivie d'un de ces vans dans lesquels on les a vus déambuler pendant 3 semaines :


Un Russ, ça fait du bruit :

(Moins, cela dit, que le gamin qui était à côté de nous et qui n'a cessé de gueuler "russ kort", "russ kort" la demi-heure qu'a duré le défilé. Kort = carte, le norvégien est vraiment une langue très difficile, et chaque Russ a une carte à son nom sur laquelle sont écrites des choses plus ou moins intelligentes, je vous laisse deviner de quel côté penche la balance. La tradition veut que les plus jeunes fassent la chasse aux russ kort en allant demander sa carte à chaque russ qu'ils voient, et le gamin mentionné ci-dessus semblait y être très attaché.)

Une belle Norvégienne :


Leikny me racontait qu'elle avait fait tout son défilé de russ assise sur une planche de skateboard et qu'elle avait économisé pas mal d'énergie comme ça. L'idée se perpétue avec d'autres moyens de transports :


(la demoiselle lit la presse économique norvégienne, ce que je trouve assez drôle ; et au premier plan, vous pouvez voir une main tenant des cartes de Russ, justement)

Les Russ sont aussi rangés par lycées (enfin plus ou moins), et voici la banderole de Kongsgård :

Ce lycée est le meilleur de la ville et il faut avoir un bon dossier pour y être accepté (je ne me sens pas une envie folle de détailler le système scolaire norvégien là maintenant tout de suite, donc ce sera pour une autre fois si y'en a que ça intéresse). Du coup, sur la banderole, vous pouvez lire "je suis de Kongsgård, je regarde les infos". Au passage, petite leçon de dialecte : sur la banderole, c'est du pur stavangersk ; en bokmål, ça devrait donner "jeg er (fra) Kongsgård, jeg ser (på) nyheter".

Dans le défilé, plusieurs panneaux marrants, dont ceux-là (pas facile de les prendre en photo, le temps de les voir et de dégainer l'appareil, ils sont déjà 3 mètres plus loin) :


(Note culturelle : vous vous imaginez faire des panneaux humoristiques en engliche en Terminale ?!)

Peuple sur Domkirkeplassen :


C'est là que nous avons retrouvé Ine, Kristina et Morgan. Ine et Kristina en bunad fra Rogaland :


Après ça, Leikny m'a dit qu'elle allait défiler dans le folketoget sous les couleurs de l'université et m'a demandé si je voulais en être. Je lui ai répondu un truc du genre "selvfølgelig" et c'est comme ça que je me suis retrouvée à défiler pour la fête nationale de Norvège. Même que c'était achement chouette parce qu'on était juste derrière la fanfare de l'université et quelques couples de danseurs. Photo de ce que je voyais du défilé là où j'étais :


Rangée de spectatrices en bunad :


Je crois qu'il y avait encore plus de monde pour assister à ce défilé que pour les deux autres. Il y en avait de partout !


De vraiment partout :


La fanfare qui était devant moi, prise à l'occasion d'un tournant bienvenu :


Stavanger, c'est vraiment au sud, mais j'ai quand même eu l'occasion d'apercevoir quelques costumes samis :

Un autre, de dos, malheureusement, mais je le trouve vraiment chouette. C'était une des danseuses devant moi. La fille à côté porte un bunad qui vient du Vest-Agder (région au sud de Stavanger), dirais-je, mais sans certitude aucune :


Retour de la parade en passant par les rues du vieux Stavanger :



Après ça, glace, bar puis bières chez Tonje. Ce 17 mai aura été norvégien jusqu'au bout et si je ne dois prendre qu'un jour de congé pour revenir ici l'an prochain, ce sera celui-là !

mardi 18 mai 2010

Heia Norge ! Gratulerer med dagen !

Hier, c'était le 17 mai et c'était la fête nationale norvégienne. Pourquoi ce jour-là ? Parce que, le 17 mai 1814, était adoptée la Constitution du Royaume de Norvège, Constitution qui n'a guère changé depuis, si ce n'est en 1905, lorsque la Norvège est devenu un État souverain. Mais les Norvégiens n'ont pas attendu cette date pour fêter le 17 mai, qui symbolise pleinement le nationalisme norvégien. Et autant vous dire qu'on peut aller se rhabiller avec notre 14 juillet.

Le 17 mai est en effet une longue journée de fête, ponctuée par de multiples parades. La première, c'est celle des enfants, comprendre celle des écoles (et collèges, lycées) de la ville. Et ils sont matinaux, les jeunes : début de la parade à 9h, ça leur laisse ensuite plus de temps pour manger des glaces et des saucisses, sic Tonje, Leikny et Ine.

Du coup, moi aussi j'ai été matinale. J'ai débarqué sur les coups de 9h et quart en ville, et comme pouvez le voir, je n'étais pas seule :



Le défilé vu de haut :


Ce jour est l'occasion pour de nombreux Norvégiens de sortir leur costume traditionnel, le "bunad". Chaque région a ses propres bunad (ça va de paire avec le dialecte !), et traditionnellement, on porte le bunad correspondant à la région d'origine de sa mère. C'est surtout les femmes qui portent un bunad, les hommes leur préférant souvent un costume plus classique. Il faut dire que ça coûte très très très cher. Kristina me disait que ça coutait entre 30 000 et 40 000 couronnes (entre 4000 et 5000 euros). Les personnes qui en possèdent une généralement l'héritent ou l'ont comme cadeau de confirmation.

Un couple en bunad (le costume de la femme vient du Rogaland, la région de Stavanger ; celui de l'homme, je ne sais pas) :


Le défilé vu de près :

(Si après cette séquence photo vous ne vous rappelez pas de la tronche du drapeau norvégien, je ne peux plus rien pour vous !)

Les écoles défilent les unes après les autres. La délégation d'une école commence avec son blason :

(blason de l'école du fils de Camilla...)

Lorsque les écoles ont suffisamment de musiciens, elles peuvent avoir une fanfare :

J'ai ainsi pu entendre "Summer Night" (Grease) version fanfare, l'Internationale ou encore Justin Bieber (enfin là c'était des préados n'ayant rien à voir avec une quelconque fanfare). Le Norvégien est éclectique.

Certaines écoles avaient aussi préparés des chorés de drapeaux (c'est pourri dit comme ça mais je n'ai pas d'autre nom en tête) :


D'autres, des danses traditionnelles :



Vu dans le cortège :



Fête nationale, certes, mais un peu internationale aussi ; l'école internationale de Stavanger nous en a mis plein la vue avec tous les drapeaux de ses ressortissants :


Délégation du lycée français :


Costume venu d'ailleurs... :

J'ai aussi vu des saris indiens très bolywoodiens.

Voilà pour la parade des scolaires. Je vais m'arrêter là pour l'instant, je mettrai plus tard les photos des 2 autres défilés, qui ont eu lieu dans l'après-midi : celui des Russ, ces lycéens qui vont passer le bac, et le "folketog", littéralement "défilé du peuple" ; c'est la parade à laquelle prennent part les associations de toutes sortes. Amnesty défile quelque fois, mais cette année on n'avait rien préparé. Ce qui ne m'a pas empêché de défiler, héhé... j'étais sous les couleurs de l'UiS (université de Stavanger), aux côtés de Leikny et ses copines. Nous étions juste derrière la fanfare et c'était trop tripant. Mais je détaillerai plus demain !

dimanche 9 mai 2010

Comment je me suis retrouvée avec deux chaussures différentes aux pieds

Je ne voulais rien faire samedi soir. En fait, je voulais juste dormir. Et puis Marie a eu 24 ans.

24 ans qu'elle s'était décidée à fêter. Or, il s'avère que Marie est une de mes colocs. Conséquence : à l'eau, les plans de sages résolutions pour samedi soir. Et commença ainsi une des soirées les plus drôles de mon existence.

Au début, rien que du très classique : bières et barbecue au soleil en papotant gentiment avec le voisin. Et puis, la soirée suivant son cours, vint l'interrogation existentielle : "skal du til byen ?" "tu vas au centre ?", interrogation à laquelle j'ai fini par répondre de façon positive (tant qu'à ne pas tenir ses belles résolutions, autant y aller jusqu'au bout !), en m'engouffrant dans un taxi en compagnie de 2 jeunes gens qui me dirent qu'ils comptaient aller au Martinique. Comprendre : un bar dans le quartier de Storhaug. Bon ben ok. Mais je ne suis finalement jamais rentrée dans ce bar et c'est là que ça devient marrant.

Tout ça à cause de ma carte d´identité. C´est toujours elle que je montre à l'entrée des bars (ici, les contôles sont systématiques) et j'ai donc déjà eu plusieurs fois droit à des "tu parles français", "je ne parle français" (héhé, typique ça : les estrangers ont du mal avec la double négation, mais au lieu de garder le "pas", il garde le "ne". Rajoutez à ça l'accent et le ptit nez en trompette classique des Norvégiens et vous aurez un résultat soooo cute), mais samedi, ça a été: "oh, tu es Française ? Elle parle français!", et le videur d'accompagner la geste à la parole en me désignant la femme à qui il parlait. C'est ainsi que je me suis retrouvée à causer avec une Norvégienne prof de français dans le collège à côté de chez moi et qui a habité 3 ans à Nice quand elle était plus jeune. Ca devait faire 20 minutes qu'on parlait quand quelqu'un me dit "hey, but you're from Amnesty! Come with us, we're going downtown!". Je venais de tomber sur le pote de Inge qui s'obstine à me parler en anglais alors que j'ai déjà dû lui dire 30 fois que je pouvais parler norvégien. Inge était justement devant, en train de tituber. Le temps que je le rejoigne, je suis tombée sur Ine et Tonje qui sortaient de je ne sais où. Et plus loin, Kristina en train de causer avec Morgan, l'Américain du Minnesota. Toute la tribu ou à peu près, en gros. Sauf que Ine, Tonje et Kristina venaient elles aussi de tomber par hasard sur Inge and cie.

Et me voici donc à marcher en leur compagnie en direction des rues des bars. En 5 minutes, Kristina a dû perdre sa pompe au moins 10 fois, Inge s'est pris un ou deux poteaux, j'ai dû dire au moins 15 fois que c'était veldig morsomt (trop drôle) pendant que Tonje criait qu'on devait absolument aller au backstage. Du coup nous sommes allés au dit Backstage. Kristina et Morgan ont très vite disparu, depuis le temps qu'il lui tournait autour, et Inge a commencé par acheter 3 bières. "Pour qui?" - "Ah ben tiens, prends-en une." Ils me font marrer, ces Norvégiens, quand même : autant c'est chacun sa bouteille quand il y a une soirée chez quelqu´un, une habitude qui me saoule je dois dire (haha), autant ils peuvent se montrer très prodigues au bar et/où dès qu´ils ont bu. Anyway. le temps que je la finisse, Inge se faisait virer du bar, son pote avait disparu et Ine et Tonje rentraient de leur pause clope. A 3h, fermeture, et j'ai suivi les 2 miss chez un de leurs copains pour un "nachspiel" (oui, je l'écris à l'allemande si je veux!), ou, en bon français, un after. Au bout d'une heure, Ine a reçu un texto de Inge lui demandant si elle voulait venir chez lui. Et c´est ainsi que je me suis retrouvée avec 2 chaussures différentes.

Elle ne pouvait en effet pas laisser passer l´occasion, pensez-vous, depuis le temps qu´elle le trouve fort sympathique... Elle m´a donc demandé de faire gaffe à Tonje et est partie. Le fait est que j'avais des ballerines ce jours-là, que elle aussi, que nous faisons la même pointure et qu'elle était ronde comme une queue de pelle. Donc elle s'est planté. (Je donne l'impression que tout le monde était complètement fini ce soir-là ? Ca tombe bien, c'était le cas. A côté des autres, j'avais l'air sobre)

Mais je ne m'en suis rendue compte qu'une demi-heure plus tard, lorsque, après m'être assuré que Tonje voulait vraiment dormir dans la chambre du gars chez qui on était (je ne suis pas sûre que ça rentre vraiment dans la catégorie "faire gaffe à" vu son taux d'alcolémie ce soir-là, mais que voulez-vous...), j'ai décidé de rentrer chez moi. Ce fut donc un retour bicolore.

Le pire, c'est que quand Ine a reçu mon texto lui disant "jeg tror at du har min sko...", elle n'a pas compris et s'est dit que j'avais merdé dans mon norvégien. Nan mais j'vous jure... M'enfin elle a décuvé depuis et nous devrions faire un échange de prisonniers dès demain.

Maintenant, je vais me coucher si vous le voulez bien.

mardi 27 octobre 2009

Erasmus Way of Life

A force d'en parler, on ne sait plus ce que c'est : le concept de l'erasmus. On en a quelques échos, à coups de photos postées sur les blogs des autres, pleines de gens (jamais les mêmes) qui font des grands sourires et le V de la victoire, des photos dont la légende ne manquera jamais de mentionner la provenance de ces personnes, provenance rarement locale au demeurant. Et puis on sait ce qu'on est censés être, quand on est erasmus : quelqu'un qui fait tout le temps la fête, qui va visiter des coins que la plupart des locaux n'auront probablement jamais vu et qui se soucie de ses notes comme de sa première dent puisque de toutes façons, la seule chose qui compte, c'est de valider son semestre, peu importe que ce soit à coups de A ou de E étant donné que l'université d'origine ne prend pas en compte cette notation. Elle veut juste que vous ayez 30 crédits. Point.

Voilà le genre de personnage qui m'intriguait fortement au début et auquel je me sentais bien en peine de ressembler, quand même. Ok, je voyage. Certes. (Même qu'on va aller de Trondheim à Tromsø en novembre et que si vous regardez sur une carte de la Norvège, vous comprendrez probablement mon gazouillage intempestif à ce propos). Et mes fréquentations norvégiennes sont épisodiques. Non que je ne discute jamais ni ne passe de soirée avec des Norvégiens, mais ce ne sont pas les personnages principaux du sitcom que je vis présentement. Oui, ma vie en Norvège est un sitcom de type Friends ou HIMYM ; petite pensée émue pour ce gars italo-turc qui draguait Aude et qui lui envoyait des textos de type "tu pourrais répondre quand je t'appelle". Ah Sergio, si tu m'entends... Je me souviendrais toujours de ce moment où on t'a croisé dans le métro alors que j'expliquais à Aude que ma vie était une série télé... En plus, tous les gens sont beaux ici.

Donc, d'accord, je présente quelques caractéristiques de l'Erasmus-type. Mais quand même : d'abord, je bosse. Si, si, c'est vrai. Ensuite, le concept de l'exchange student qui va de beuverie en beuverie (de party en party, diront nous pudiquement), je ne connaissais guère. Mais je dois dire que depuis 2-3 semaines, je commence à saisir,à coups de parties improvisées. Dernier épisode en date : une cage party baroque qui se transforme en lift party, 4th floor party puis corridor party.

Je vais vous expliquer tout ça, ne vous inquiétez pas, mais d'abord, laissez-moi vous introduire un concept : la kitchen party. Il faut savoir que, dans la plupart des résidences étudiantes, les cuisines sont partagées par plus de 2 personnes. Ça peut varier de 5 à 10 et ça peut être un bonheur plus ou moins grand, cf la tronche de la cuisine de Melvin ou les déboires de Aude, à comparer avec les cuisines nickel de Benjamin ou Johanna. Un point commun à toutes ces cuisines, cela dit : elles sont grandes, donc on peut y mettre du monde, donc on peut y faire la fête. Et la kitchen party fut. C'est comme cela que je me suis retrouvée dans la cuisine d'une parfaite inconnue qui fêtait son anniversaire il y a de cela 2 semaines, avec plein de Polonais et de Norvégiens puisque cette parfaite inconnue était une Polonaise faisant ses études en Norvège. Dingue. Tout cela m'a valu ensuite de prendre le dernier métro (minuit 53)direction le centre ville pour atterrir dans un bar dansant dans lequel je me suis éclatée sur "Don't stop me now" en compagnie d'un Azéri qui, manifestement, aimait beaucoup Queen lui aussi. Dit comme ça, la mondialisation, c'est sympa, non ? Et il me faut également mentionner cette balade sur Karl Johan Gate en compagnie d'un Norvégien fort sympathique orginaire de Trondheim, à la recherche d'un distributeur. C'est beau, la vie...

Le concept de la kitchen party étant posé, sachez qu'il peut se décliner à l'envie avec tout nom d'endroit où il y a du monde et où on peut faire la fête. C'est ainsi que la semaine dernière, je reçois une invitation de Melvin sur fasbok à l'évènement "Cage Party", ie : fête dans la cave d'un des immeubles de Kringjså, une des plus grandes résidences étudiantes, dont j'ai déjà dû vous parler (à prononcer kringcho en roulant le "r" si vous ne voulez pas avoir l'accent de Bergen). Il faut savoir au préalable que tous les immeubles étudiants ont un sous-sol dans lequel il y a un endroit de stockage attribué à chaque chambre et c'était donc dans cet environnement qu'une party était organisée samedi dernier, party à laquelle je me suis rendue en compagnie de Ronan, qui était de passage, et de la joyeuse bande de Copenhague, j'ai nommé Aude, Marie, Melvin et Marc.

Et c'était assez ubuesque, en fait. On a débarqué dans cette cave blindée de monde, on a dû croiser à peu près toutes nos connaissances erasmus jusqu'à arriver à un endroit un peu moins bondé dans lequel on a pu se poser... pas longtemps puisque l'alarme incendie a dû se déclencher moins d'une demi-heure après. Notez que les détecteurs de fumée sont des êtres peu sensibles, vu la dose de fumée de cigarettes qu'ils se sont pris dans la figure avant de lancer leur mouvement de protestation. Notez aussi que s'il y avait eu vraiment le feu, j'aurais eu le temps de cramer 10 fois avant de me rendre compte que l'alarme sonnait ; autant ça vous casse les oreilles quand vous êtes tranquille dans votre chambre, autant dans la cave, on l'entend vraiment peu. M'enfin nous avons fini par sortir, ainsi que tous les gens qui se trouvaient à ce moment-là dans le building 10 de Kringsjå. C'est ainsi que j'ai croisé ma copine Mariam qui a le malheur d'habiter cet immeuble... Et je comprends maintenant pourquoi je suis réveillée de temps à autre par l'alarme incendie de Vestgrensa. Scrogneugneu.

On a donc poireauté une demi-heure dehors avant de pouvoir rerentrer. Et là, que faire ? On a manqué de se prendre une bassine de flotte sur la courge, balancée par des nanas du 5ème exaspérées du barouf qu'on faisait en bas (auquel contribuait plus que fortement la bande d'espagnols bourrés à côté de nous, je dois dire). Puis, la grande question s'est posée : on va où, maintenant ? La rumeur grandissait, disant qu'il y avait une kitchen party au 8th floor. Et d'aller au 8th floor, ou plutôt, de se retrouver coincés dans l'escalier parce que trop de monde devant. Et de descendre au 4th floor sur les conseils d'un gars placé une dizaine de marches plus haut (enfin, si on veut être plus précis, c'était surtout un espèce de cri composé de "and now, go to 4th flooooooor!"). Arrivés au 4th floor, un constat : il ne se passe rien au 4th, faut qu'on y aille. Mais c'était sans compter sur certaines personnes suffisamment bourrées pour aller cogner aux portes des différents couloirs en gueulant un truc à base de "ouvrez, on veut faire la fête !!". Là, c'est le moment où je nous suis tous maudis intérieurement à la place (ou plutôt en choeur avec, je pense) des pauvres âmes qui tentaient de roupiller au 4ème. Vous devez vous dire que j'aurais pu sortir, dans ce cas, mais le fait est que j'étais en plein milieu d'un gros tas de gens et que ce n'était pas forcément évident. Cela étant, heureusement pour les pauvres âmes, on a fini par dégager (mon échelle de temporalité me souffle qu'on a dû les traumatiser pendant une vingtaine de minutes), non sans avoir testé, auparavant, le concept de la lift party, par procuration. Par lift party, comprendre : se retrouver coincé dans un ascenseur. Et par procuration, comprendre : j'étais juste à côté de l'ascenseur et il a une vitre. Bon, ils n'y sont pas restés bien longtemps. Ils étaient 3 dans l'ascenseur, 2 gars et une fille polonaise mais sachant couramment le norvégien, et Melvin m'a raconté a posteriori que les 2 gars ont tenté vainement de comprendre ce qui était écrit jusqu'à ce que la fille en ait marre d'être coincée et appuie sur le bon bouton.

Et ceci nous ramène donc à notre départ du 4th floor, direction le fameux 8th floor où il y avait effectivement une kitchen party qui, pour nous, s'est transformée en corridor party dans la mesure où c'était là qu'il restait de la place. C'est ainsi que je me suis retrouvée à parler avec Matt, from California and from the same norskkurs as me, de la réforme du système de santé américain voulue par Obama. En bon Californien, il comprenait aussi peu que moi les oppositions à ce projet donc je n'ai pas bien pu éclaircir le mystère étatsunien ; d'autant que Marc, américain lui aussi, vient du Maryland et qu'ils sont aussi démocrates par là-bas. (N'empêche que les Américains qui viennent en Norvège doivent halluciner ; imaginez qu'il y a quand même un monopole sur le lait, ici !)

Bref, tout ça pour rentrer à 3h30 du matin, mais notez l'astuce : c'était 2h30 avec la nouvelle heure. Et pour ceux, perspicaces, qui me feraient remarquer que j'ai dit plus haut que le dernier métro était à minuit 53, je répondrais qu'on est rentré à pieds, ça nous a pris 25 minutes et c'est cool parce que c'est en descente.
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