mardi 21 février 2012

En avant pour de nouvelles aventures !

Je vous ai laissé fin juillet, sur une note plutôt triste. 6 mois plus tard, me voici revenue, avec pas mal de changement entretemps, la plupart assez imprévisibles, comme souvent.

Au premier rang de ces changements assez improbables figure le fait que, comme certains d'entre vous le savent, je vis désormais, ô stupeur, en plein milieu de la "Ville Lumière", même si je ne m'y fais toujours pas. Ainsi, l'autre jour, quand la madame du musée m'a demandé mon n° de département, j'ai spontanément répondu "38". Vivre à Paris est une chose, se sentir parisienne en est une autre.

Quoiqu'il en soit, j'en profite un max pour visiter tous ces trucs que je voulais visiter depuis longtemps, courir les expositions temporaires qui me font baver quand j'en entend parler sur Inter et surtout pour me balader dans cette ville aux 100 villages. Cela qui me permet de tomber sur des trucs insolites dont il serait dommage de ne pas vous faire profiter.

Ainsi,il y a quelques semaines, alors que nous remontions ma rue avec l'amie Claire (rue qui porte le charmant nom de "Pixerecourt", wikipedia me souffle qu'il s'agit d'un bibliophile et directeur de théâtre français ayant vécu au 19ème siècle), nous sommes tombées sur la "Rue de l'Avenir" :




Comme on peut le voir, la municipalité du 20ème arrondissement de Paris est d'un naturel optimiste.

Pour couronner tout, je suis repassée dans le coin le week-end dernier avec Cédric, et voilà ce qui était soigneusement déposé à l'angle du square Emmi Pickler ("pédiatre hongroise", précise la plaque) et de cette fameuse rue de l'Avenir :


Promis, je vous mettrai aussi des photos jolies un jour.

mercredi 27 juillet 2011

En deuil

Ce soir, je dois travailler. Pas le temps pendant la journée, trop de choses à la fois, alors je travaille le soir. Sauf que ce soir je n'y arriverai pas avant de m'être un peu déversée ici.

"Norge er et lite land". Le Norvège est un petit pays, ont pour coutume de répéter les Norvégiens, avec un brin de fierté nationale dans la voix. Dans le contexte actuel, cela a des conséquences très concrètes et d'autant plus dramatiques : lorsque 76 personnes sont tuées dans un pays qui en compte 5 millions, vous finissez forcément par tomber sur quelqu'un qui connaissait personnellement l'une des victimes - si vous n'êtes pas le quelqu'un en question. Alors voilà, pour l'heure, mon compteur personnel en est à 3. J'avais des connaissances en commun avec 3 des 76 personnes tombées sous la fureur d'un fanatique. J'ai envie de vomir, je ne trouve pas les mots pour expliquer ce que je ressens là maintenant tout de suite.

Le pire, c'est que ça va sûrement aller en augmentant. Les journaux norvégiens éditent au fur et à mesure la liste des victimes identifiées, et plusieurs noms n'ont pas encore été publiés. Et je suis là, à attendre le prochain coup de massue, à redouter de connaître les prochaine noms. Là à voir défiler les polémiques débiles dans les journaux français et les déclarations révoltantes de certains hommes politiques. A vous qui êtes en France, frappés par ces nouvelles mais de façon lointaine, je ne vous demanderai qu'une seule chose : de la décence, en refusant la critique stérile et l'indulgence face aux idéologies fascisantes. Au nom du peuple norvégien qui a su se montrer si digne et solidaire au cours de ces derniers jours. Je n'ai jamais vu ça de ma vie. Et c'est ce qui aide à tenir le cap dans un tel contexte.

Je viens juste d'apprendre la mort d'une amie d'une fille que j'ai récemment rencontrée. Cette fille, j'ai bu un café avec elle et son frère en ville, vendredi après-midi. 3h après que nous nous soyons quittées, son amie était mortellement blessée à Utøya. Elle ne l'a appris qu'aujourd'hui.

Lundi matin, quand nous sommes arrivés en classe, nous avons tous été réunis dans un amphi. Le recteur de l'ISS a pris la parole. Très ému, il nous a notamment raconté qu'une amie de ses deux filles était morte. Norge er et lite land. Puis nous avons chanté tous ensemble "Til Ungdommen". Retour en classe. A midi, une minute de silence. Même les voitures se sont arrêtées. Et le soir, la marche aux fleurs dans les rues d'Oslo. Des centaines de milliers de personnes dans les rues, entre 150 000 et 250 000 selon les estimations. Comme si entre 4 et 6 millions de personnes s'étaient réunies dans les rues parisiennes. 5% de la population du pays sur le parvis de l'hôtel de ville et dans les rues alentours, tous une rose à la main, et ce suite à une initiative individuelle lancée sur facebook.

J'y étais et c'était magnifique. Ma bougie s'est ajoutée aux milliers qui brûlaient déjà sur le parvis de la cathédrale. A vrai dire, j'ai même dû la poser un peu plus loin car un policier m'a dit "désolée, mais il y en a déjà trop ici, ça risque de devenir dangereux.". Ce soir, je vois une raison de plus pour l'avoir allumée. J'aurais préféré me contenter de ce que je savais déjà.

L'un des rescapés de la fusillade a prononcé une phrase qui restera dans les mémoires : "Om én man kan vise så mye hat, tenk på hvor mye kærlighet vi kan vise sammen" - "si un homme a pu faire preuve de tant de haine, pensons à tout l'amour dont nous pouvons faire preuve ensemble." J'aurais pu citer tant d'autres phrases magnifiques, prononcées entre autre par le Premier ministre et la famille royale, car le personnel politique norvégien est à l'image de son peuple ces temps-ci : d'une dignité sans égale.

Si cette tragédie vous touche, je ne vous demanderai qu'une chose : n'écoutez pas ce que le tueur veut vous dire, refusez d'entendre, refusez de lire ses mots et sa haine. Cet homme doit mourir. Politiquement, pas physiquement. Ne prononcez pas son nom. Prononcez ceux de ses victimes : des jeunes engagés en politique pour défendre des idées démocratiques. Ils avaient 20, 18, 14 ans pour le plus jeune d'entre eux. C'est à eux que nous devons penser.

Je conclurai par une chanson, celle que nous avons chantée lundi, celle qui est dans toutes les têtes depuis ce week-end : "Til ungdommen" ("au jeune") :

samedi 23 juillet 2011

Un jour dont je me souviendrai

Lever 7h ce matin avec deux grosses questions existentielles dans la tête : "comment vais-je réussir à faire tout ce que j'ai prévu de faire pour le mémoire ce week-end ?" et "bordel, Caro, qu'est-ce que tu recherches au fond ? (comprendre : d'un point de vue sentimental). Dure, la vie à l'ISS, isn't it ?

A 8h, petit plaisir matinal : Ewa, ma prof, me dit que mon "obligatorisk oppgave" (= essai de 5-10 pages que tout élève de norvégien niveau 3 se doit de rédiger) est ok, que je peux l'expédier à l'administration.

Et à 11h, fin de la semaine, heia ! Direction le bowling du centre ville en compagnie d'une partie de ma bande d'internationaux. Je ne dirais pas que j'ai brillé, m'enfin c'était funky. Sorti à 13h, le groupe se sépare sous une pluie battante et je file avec Rajeh et Constantinos sur Karl Johans Gate (comprendre : THE artère centrale d'Oslo) pour manger des falafels. Suite à cela, adieu à Constantinos et café avec Rajeh et sa sœur. La tonne de trucs que je suis censée faire pour ce fichu mémoire me revient en tête, et je les laisse à leur shopping sur les coups de 15h et grimpe dans le métro. 25 minutes plus tard et une dizaine de kilomètres plus loin, je suis vers chez moi, je pense à m'arrêter à la supérette du coin pour prendre du cidre dans la perspective de la soirée que nous avons planifiée avec Farah, Greta et Erica. A peu près à ce moment là, gros coup de tonnerre, assez curieux : certes, il fait un temps pourri, mais c'est bien la première fois que j'entends gronder l'orage à Oslo ! Sur ces superbes constatations météorologiques, je rentre chez moi. 15h30, parfait, vais pouvoir travailler, mais une petite tournée des popottes d'abord !

Au moment où j'apprête à me déconnecter de cette machine à procrastiner que l'on appelle facebook, Michelle vient me parler : "hey, did you hear the explosion ?" "What explosion ?!". Site internet de VG. Lecture de la une. Stupeur. Une explosion à Oslo, 20 minutes après que j'ai quitté l'endroit en question ! What the hell ? Ça doit être un accident. Ça peut arriver, même dans un ministère. J'appelle quand même Rajeh, resté au centre ville, pour m'assurer que tout roule pour sa sœur et lui. C'est ok, mais c'est horrible, la situation est complètement folle, me dit-il. Je le crois, vu le boucan qu'il y a en guise de bruit de fond. Ainsi, mon orage n'en était pas un. Et mes projets de boulot s'écroulent définitivement pour aujourd'hui. Je passe l'aprem à suivre la situation, à essayer de comprendre ce qui s'est passé, les yeux rivés sur l'écran géant de mon voisin Johnbosco.

Et peu à peu, tout se déroule : c'était une bombe, pas un accident. 2 morts, 15 blessés. L'international summer school tiendra une réunion sur la situation à 19h15. Je pars à 18h50 de chez moi, le temps d'entendre vaguement aux nouvelles un truc sur une fusillade qui aurait eu lieu sur une île dans le fjord d'Oslo, sur un mec qui se serait fait passer pour un policier. Je n'y comprends plus rien, impossible de savoir si les deux affaires sont liées.

A ce point là, je suis certes choquée, mais certainement pas traumatisée et encore moins paniquée. Un attentat islamiste à Oslo, c'est horrible et incroyable mais je n'y peux absolument rien. Et puis la probabilité que je me retrouve blessée ou tuée dans un truc comme ça est absolument minime, au final. Mais quand même, je n'ai pas envie de rester toute seule chez moi ce soir, j'ai besoin de penser à autre chose, ou d'y penser en compagnie d'autres personnes. Je file donc à la résidence du campus, accompagnée par le ronron des hélicoptères dans le ciel osloïte.

La salle commune de la résidence est pleine, des gens sont assis avec leur ordinateur et skype sur les genous, tandis que les téléphones ne cessent de sonner/biper/vibrer. Le président de l'ISS commence par nous expliquer la situation, nous dissuade d'aller au centre (si certains y pensaient toujours...), puis la responsable administrative prend la parole à son tour. Elle nous raconte qu'elle était à Londres en 2005 et qu'elle comprend donc ce que nous pouvons ressentir. Mais elle nous enjoint ensuite et surtout de ne pas écouter les rumeurs. D'attendre que les nouvelles soient confirmées par la police avant de les répandre. "Ces rumeurs sont notre pire ennemi pour le moment, bien plus que les attentats eux-mêmes", conclut-elle.

Je comprends pleinement le sens de son injonction 3 heures plus tard. Entre temps, j'ai participé à un quizz organisé par le Social Committee (et gagné, mouahaha) et me suis fendu la poire au cours d'une partie de cartes mémorable, dans un jeu dont le principe est similaire à celui du jungle speed. Ca fait du bien, un petit retour à la base en temps de crise ! Le temps d'une pause entre 2 parties, je regarde les dernières nouvelles sur internet. 17 morts, 2 blessés graves. 7 morts dans l'attentat du centre ville, 10 dans la fusillade dont j'avais vaguement entendue parler. Les articles que je lis à ce moment là explique qu'un homme (qualifié de "norvégien ethnique". Quand je pense que "les arabes" ont fait leur apparition dans les commentaires internet à peu près 5 min après la confirmation qu'il s'agissait d'un attentat...) déguisé en policier a fait irruption dans l'université d'été des jeunesses socialistes, qui se déroule (ait ?) sur une île nommée Utøya et a commencé à tirer dans le tas. 2 attaques visant au cours de la même demi-journée le Arbeiderpartiet (parti socialiste, au pouvoir actuellement), le mot "extrême-droite" apparaît sous la plume de la presse norvégienne. La presse française, elle, rappelle que la Norvège est impliquée en Libye et en Afghanistan. Et moi, j'ai la tête qui tourne et ne sait plus quoi penser.

Sans que je puisse expliquer pleinement pourquoi, l'idée que l'extrême-droite plutôt que Al-Quaida serait derrière tout ça me terrifie bien plus. Oslo une nouvelle ville à ajouter à la triste litanie des capitales européennes visées par les islamistes ; elle serait la victime d'une force interne à cette chère Norvège, petit pays tranquille dans lequel l'incendie d'une maison n'ayant fait aucune victime constitue la une des journaux nationaux. Tout cela me donne froid dans le dos et me rend triste, triste pour ce petit pays que j'aime et qui n'a rien demandé, triste pour les morts et les blessés. Je ne comprends pas ce qui s'est passé. Les jours qui viennent apporteront sûrement des réponses. Quoiqu'il en soit, je crois que je vais avoir un coup au cœur demain, en passant devant les vitres explosées du Café Sør, l'un de mes lieux favoris ici, et je crois aussi que le bruit de l'orage ne sonnera plus jamais tout à fait comme avant pour moi.

Heia Norge.

mardi 28 juin 2011

I'm back baby !

Voilà que je trouve enfin le temps de me poser... c'est qu'on ne s'ennuie pas à l'université d'été ! Pour rappel, je passe l'été à Oslo afin de suivre des cours de norvégien niveau 3 (sur 4) avec l'International Summer School (ISS), c'est kjempegazou mais pas de tout repos. Mon départ en trombe de Paris dimanche 26 a d'ailleurs bien auguré le truc, j'ai eu droit à ma dose de stress pour l'année en loupant quasiment mon avion.

Tout ça à cause de Roissy, de son fucking terminal 2G et aussi, il faut l'avouer, des glaces Berthillon. Oui, je suis partie de Paris car un forum d'Amnesty International s'est tenu le samedi 25 et comme ça avait l'air intéressant et que comme ça AI me payait un bout du voyage, je me suis trouvée à passer le week-end à la capitale. Le samedi soir fut l'occase d'un bon gueuleton sur les quais de Seine en compagnie de Mesdamselles Alix & Claire et du Sieur Frédéric. C'était assez tripant de se dire que, pour les touristes à bord des bateaux mouches, nous représentions à ce instant précis la quintessence de la vie parisienne. Autant vous dire que le lendemain, j'étais vachement moins quintessentielle, stressée que j'étais à me balancer d'avant en arrière sur mon fauteuil dans la navette desservant tous les terminaux de Roissy. Je voulais partir à 13h45 de Paris 19ème et puis on a décidé que ce serait achement gazou d'aller se prendre une glace île Saint-Louis chez Berthillon. Ce fut effectivement le cas. Par contre, je quittai Paris à 14h15, soit avec 30 min de retard, pour un avion à 16h. Arrivée à 15h à la gare de Roissy, j'étais prête à cavaler dans tout l'aéroport pour arriver à point. C'était sans compter sur le fait qu'il fallait prendre une navette pour aller au terminal d'où partait mon avion et que tout compris cela prend une demi-heure pour l'atteindre. A peu près désespérée et me détestant férocement, je décidai quand même de jouer le tout pour le tout et allai pleurer au bureau des renseignements. Miracle de la technologie du net, j'avais été automatiquement enregistrée la veille. Restait donc plus qu'à larguer le bagage et à cavaler dans la zone d'embarquement. J'arrivai ainsi fraîche comme une rose à la porte 10 minutes avant le décollage pour me retrouver à Oslo en temps et en heure. Moralité, il est possible d'attraper un avion en arrivant 20 minutes avant le départ au bon terminal mais c'est très peu recommandé par la maison, surtout si vous êtes cardiaques.

Depuis, ma foi, il s'est écoulé deux semaines. La première fut des plus folklo dans la mesure où je n'avais pas de piaule. Je sous-loue en effet la chambre de Melvin, compagnon de nombre des mes aventures osloïtes de l'automne 2009, et qui passe l'été dans sa famille, à Singapour. Sauf qu'il n'est parti que lundi. J'ai donc commencé par squatter sa piaule et puis, pour tout un tas de motifs donc la venue de coach surfers russes et allemands, j'ai fini la semaine en créchant chez son voisin d'en face, John Bosco from Uganda, parfait inconnu jusque-là mais avec qui je m'entends fort bien. Très pratique pour travailler, tout ça, vous vous en doutez. Mais maintenant c'est good.

J'ai commencé les cours dès lundi 27. Tous les matins, j'ai bokmål de 8h à 11h, puis introduction au nynorsk de 11 à 13h. Petite explication de texte : les Norvégiens sont 5 millions mais on trouvé le moyen d'avoir deux langues écrites et une centaine de dialectes, c'est entre autre pour ça qu'on les aime. C'est un peu la faute des Danois, il faut dire : la Norvège a en effet été une possession danoise pendant 400 ans, et la langue danoise s'est imposée comme seule langue écrite du royaume au fil des décennies. Parvenus au 19ème et passés sous tutelle suédoise (à cause de Napoléon, je vous raconterai ça une autre fois), les Nordmenn se sont dit que ce serait quand même plus top cool d'avoir une langue écrite locale. Sauf qu'ils n'ont pas réussi à se mettre d'accord : certains ont plaidé pour une modernisation du danois, plus adapté à la prononciation norvégienne, tandis que d'autres ont souhaité créé une nouvelle langue, basée sur les différents dialectes que les Norvégiens ont continué de parler tout au long de leurs pérégrinations historiques. 2 courants, 2 langues, et en dépit de toutes les tentatives de rapprochement qui ont été entreprises, c'est encore le cas aujourd'hui. A ma droite, nous avons donc le bokmål, tiré du danois, et à ma gauche, le nynorsk, tiré des dialectes. Ce qui donne concrètement : les Norvégiens parlent leur dialecte et écrivent dans l'une des deux langues officielles. Plus concrètement encore, 85% de la population utilise le bokmål, je vous passe les détails sur le pourquoi du comment, et c'est cette version du norvégien qui est enseignée aux étrangers. Cela étant, l'ISS propose 3 semaines d'initiation au nynorsk pour comprendre ce que c'est que ce machin. Je me suis dit que ça pouvait être funky et ça l'est dans la mesure où mon prof est probablement l'un des êtres les plus déjantés de la création.

Les deux langues écrites sont largement intercompréhensibles, mais quand même. Par exemple, si je veux dire "je viens de Norvège et je ne sais pas comment tu t'appelles", en bokmål ça donne "jeg kommer fra Norge og jeg vet ikke hva du heter", et en nynorsk, "eg kjem frå Noreg og eg veit ikkje kva du heiter". Histoire d'en rajouter une couche, je vous dirai qu'en dialecte de Stavanger, ça s'écrirait "eg kommer fra Stavanger og eg vet ikkje kva du heter". Mouahah.

A part ça l'ISS, comme son nom l'indique, c'est vachement international. Ainsi, dans mes classes, j'ai des gens qui viennent : des US, du Honduras, de Géorgie, d'Azerbaïdjan, d'Inde/Norvège, du Japon, de Palestine, du Maroc, d'Algérie, d'Allemagne, d'Autriche, d'Ecosse, de Russie, de Pologne, de Serbie, de Lettonie, de République Tchèque, de Hongrie, de Grèce et du Ghana.
Sans compter les autres nationalités que j'ai pu rencontrer au cours des différents trucs organisés par l'ISS : Moldavie, Kosovo, Slovaquie, Slovénie, Espagne, Italie, Afrique du Sud, Malawi, Burundi, Irak, Ouzbékistan, Iran, Canada, Kazakhstan, Kirghizistan, Indonésie, Pays-Bas, Birmanie, Bangladesh, et j'en passe. Au final, dans le lot des quelques 600 étudiants de l'ISS, seuls 3 Français se baladent, c'est la revanche du séjour Erasmus ! C'est vrai quoi, c'est plus agréable de s'entendre dire "oh, tu es la première Française que je rencontre, c'est trop bien !" plutôt que "putain, encore une Française, mais y'a que ça ici, ça et des Allemands..."

mardi 14 décembre 2010

Allez neige, tombe comme avant...

Révélation de ces derniers jours : non seulement je m'accommode fort bien du froid (comprendre : températures négatives. Sinon ça ne compte pas), du gel et de la neige, mais en plus j'aime vraiment ça.

Alors, peu importe ce que j'ai pu dire en mars dernier, à propos de l'hiver trop long et de la neige reloue à la fin et moche quand elle fond. Mieux vaut pour moi tous les hivers glaciaux du monde qu'un endroit où la température ne passe jamais sous la barre des dix degrés.
Bon, cela dit, l'été à 25, je ne crache pas dessus non plus. Mais restons saisonniers : la neige c'est gazou et puis c'est tout, même si c'est casse-gueule quand ça gèle et que c'est beaucoup moins glamour quand ça fait trois mois qu'elle est au sol.

Je me faisais cette réflexion tout à l'heure dans le tram. Je rentrais des cours, la tête un peu pleine, avec au creux du ventre cette petite déprime passagère qui me prend de temps à autre à la faveur d'un ciel bas et d'interrogations existentielles en file indienne. Niché dans les plis de ma veste, Podi-bis s'est alors fait tout câlin en optant pour une chanson de Saez qui collait à pic. Ronrons de délectation tandis que, pour couronner le tout, je crois voir trois flocons. Gnuuup, je sors mes yeux de leur contemplation du charmant monsieur d'en face et les tourne vers les pelouses du campus et leur panorama Moucherotte-Bastille-Saint Eynard*, à la recherche d'autres machins blancs virevoltants, des fois que je n'ai pas rêvé ou que ce ne soit pas du pollen (ah ben le pollen de décembre, redoutablement allergène, 'tendez!). Alors, au fur et à mesure des arrêts égrainés par la madame du tram, la tendance se confirme et les trublions blancs se font de plus en plus nombreux, volant dans un sens, repartant dans un autre, s'engouffrant dans le tram en même temps que des passants pressés d'y échapper. Le nez collé à la vitre, j'admire le spectacle, laissant loin derrière moi les petites boules de tracasserie, aidée en cela par Podi-bis qui continue à bien remplir son office musical.

Et je me rappelle le 14 décembre 2009, dernière soirée avant le retour de Marie en Suisse, à l'occasion de laquelle nous avions fait un barbecue avec Marie, Min, Olav, Aude, Melvin et Adrien, faisant cramer nos saucisses en regardant la neige tomber sur les toits de Oslo. D'ailleurs, cette neige allait ne plus fondre pour les quatre mois à venir, mais ça, nous le savions pas encore. Au retour, j'étais rentrée à pied avec Aude et Melvin, 1h de marche par -10 degrés à galoper au milieu de la neige, des maisons de père noël et des marchés de sapins de noël. Décembre à Oslo fut de toutes façons, très probablement, mon meilleur moment là-bas, période de vacances, de certitude de prolonger mon expérience norvégienne d'un semestre, de neige, de chocolats chauds, de kitchen party dans tous les sens et de "julefest" (jul = noël).

Et ce soir ? Pour l'heure, je suis douillettement calée dans ma chambrette, avec Rodrigo y Gabriela en fond sonore et un bol de thé au miel en fond gustatif, m'organisant pour aller boire un coup avec Nessa avant qu'elle ne reparte au Canada (juste pour les vacances, gazou !), et ce en attendant que ce ne soit l'heure d'aller chez Rémy, Maxime et Tanguy pour notre mardi soir traditionnel. Pendant ce temps, la neige tombe toujours. Comme quoi, la vie, c'est très gazou.

*pour les non-initiés, ces noms sont ceux de montagnes visibles depuis Grenoble

dimanche 28 novembre 2010

Derniers coups de coeur en date

Décidément, il ne faudra pas s'attendre une fréquence de postage beaucoup plus soutenue dans les mois à venir, y'a beau dire y'a beau faire, je n'y arrive pas.

M'enfin quoiqu'il arrive, je prends 10 minutes aujourd'hui pour vous parler de mes gazouillis de la semaine.

Lundi, j'envoie un texto à Max pour lui dire que je n'irai pas à l'escalade. Réponse : "ok, on se voit mercredi alors". Et moi : "euuuh, mercredi, on s'est dit quoi pour mecredi ?" - "Oh, si tu ne veux pas de ta place de concert, je trouverai preneur !" Aaaaah, oui, le fameux concert de Rodrigo y Gabriela pour lequel j'ai acheté ma place il y a deux mois de cela...

Ça tombait mal, mercredi, j'étais dans un état des plus zombiesques, mais je me suis quand même motivée tant bien que mal pour y aller. Pour assister, au final, à un concert complètement fou. Rodrigo y Gabriela, ce sont deux Mexicains qui vous enflamment une salle de 5000 personnes en jouant de la guitare acoustique. Le temps s'arrête l'espace d'un instant et peu importe la longue journée, la fatigue, la trachéite ou dieu sait quoi, je sautille et gazouille, les yeux écarquillés et la bouché bée, tandis que Rémy secoue la tête comme un métalleux et que Max(ime, à ne pas confondre avec Max-imilien de l'escalade qui était lui aussi) ne cesse de répéter "oh putain, oh putain !" face à l'aisance avec laquelle nos deux héros se servent de leur guitare. En fait, si on ne savait qu'ils étaient deux, on pourrait penser qu'ils sont cinq ou six dont un batteur.

Cela étant, le concert est fini mais internet est un outil merveilleux et voici le MySpace qui saura, je n'en doute pas, vous convertir si vous prenez la peine de l'écouter.

Autre coup de cœur qui n'a pas grand chose à voir, mais je m'en fiche : le Bondy Blog, dont vous avez probablement déjà entendu parler. Si si, ce blog créé suite aux évènements de novembre 2005, à l'instigation de deux journalistes suisses et alimenté par des blogueurs venus du cru. Y faire un tour faisait partie de ma "to-do" liste et c'est désormais chose faite. Du coup, je recommande, parce que les billets sont intéressants. En plus, si ça permet de faire la nique au discours ambiant (faussement) sécuritaire en démontant ses présupposés, ça ne peut pas faire mal, loin de là !

Pour rester dans le journalisme pas débile, j'en ai déjà parlé lors d'un de mes précédents billets, mais Causette, décidément, je vote pour toi. Je viens de commencer le numéro de novembre-décembre et je kiffe, même si je regrette le tour plus politique pris par la rubrique "on nous prend pour des quiches". Je préférais quand elle s'attelait aux dénonciations du sexisme ordinaire, et y'a de quoi faire, ne serait-ce qu'avec les catalogues de jouets qui arrivent dans nos boîtes aux lettres en ce moment. Mais pour l'instant, j'en suis à de très bons articles sur la finance internationale, la résistance non-violente en Cisjordanie et le Lobby européen des Femmes. Et je n'en suis qu'à la moitié, gni !

Je finis là avec un "coup de cœur en puissance" : Rémy m'a fait découvrir ce groupe suédois il y a peu et j'ai l'intention d'aller prochainement fouiner un peu plus de ce côté-là.

mardi 9 novembre 2010

"Je ne sais pas, je suis stagiaire"

On m'avait promis un master 2 corsé niveau emploi du temps, et je dois dire que je n'aurais pas pu avoir un début d'année scolaire démentant plus ce postulat. Pour le dire clairement : entre le 20 août et le 1er novembre, je n'ai RIEN foutu. Ou à peu près, puisque je n'ai qu'une semaine de cours par mois et que je n'avais pas encore commencé mon stage.

Cela étant, tout ce beau programme appartient désormais au passé, puisque j'avais cours la semaine dernière (avec un programme légèrement perturbé par le blocage de l'IEP mardi matin, un grand moment de flou artistique, assez fascinant je dois dire) et que j'ai commencé mon stage cette semaine.

Je serai donc amenée à hanter les locaux de la Maison De l'Autonomie, ou MDA pour les intimes, jusque début mai. La MDA, qu'est-ce donc ? Il s'agit d'un bâtiment dans lequel sont regroupés les services du département consacrés aux personnes handicapées (ou, pour reprendre le jargon, "en situation de handicap") et aux personnes âgées dépendantes. Une sacrée machinerie, qui fonctionne aux sigles qui plus est. Heureusement que j'ai déjà travaillé sur le handicap, sinon je serai franchement à la masse.

Ma mission sera d'étudier la situation des jeunes adultes handicapés qui restent en établissement pour enfants au lieu d'aller en établissements pour adultes (parce que ça pose divers problèmes, je vous passe les détails), mais cette première semaine fut surtout l'occasion de me mettre dans le bain, à coups de réunions et de littérature institutionnelle. Bilan : on n'a pas l'air de s'ennuyer là-dedans.

Lundi matin, rendez-vous avec mon maître de stage, accessoirement directeur adjoint de la DSA (le direction de la santé et de l'autonomie, c'est la direction du Conseil Général qui s'occupe de la MDA et du Centre départemental de santé), pour lequel je vais peut-être finir par fonder un fan-club, je ne sais pas, mais, plus ça va, plus je me dis que j'aurais difficilement pu tomber sur mieux. Il attaque d'emblée en me disant que je gère mes horaires comme je le souhaite du moment que je fais 35 heures, et me propose de m'associer à lui dans ses réunions pour cette première semaine. Aussitôt dit aussitôt fait, et je me retrouve dans une réunion des chefs de service consacrée à un projet de réorganisation de la MDA, à prendre au vol, c'était assez sympathique. L'après-midi, déplacement "en territoire", à Lans-en-Vercors, pour assister à une réunion sur un tout autre sujet. A l'occasion, rencontre du maire de Lans, ce sera pour mon premier élu accroché au tableau de chasse dans le cadre de ce stage.

Mardi matin, réunion de la CDAPH. La CDAPH, c'est la Commission Départementale de l'Autonomie des Personnes Handicapées. Elle se réunit deux fois par mois et a pour mission de statuer sur les demandes d'aides, de placements en établissements et d'attribution de prestations. En gros, si vous voulez obtenir l'AAH (allocation adulte handicapé), votre demande va passer par là. Ou à peu près, car les demandes sont toutes évaluées en amont par des équipes médico-sociales qui font des propositions. Dans le tas, les médecins des différentes équipes sélectionnent des cas plus compliqués que d'autres, ou particulièrement exemplaires, et les présentent devant la CDAPH. S'en suivent des discussions et les propositions sont approuvées ou amendées. Concrètement, mardi matin, une quinzaine de cas ont été présentés mais à ces 15 cas étaient rattachés 2500 dossiers. Pour vous donner un ordre de grandeur, la MDA voit passer chaque année 40 000 demandes.

C'était très intéressant d'assister à cette CDAPH car cela permet de rappeler quelles situations existent concrètement derrière la tonne de dossiers empilée dans les différents services. En plus, 2ème élu au tableau de chasse, j'ai nommé, la vice-présidente du Conseil Général en charge de la santé et de l'autonomie (ce n'est pas son titre officiel mais ça revient à ça). Pas encore de Vallini, mais j'y crois ! (NB pour les non-isérois : André Vallini est le Président du Conseil Général de l'Isère. Au niveau national, il est surtout connu pour avoir présidé la commission d'enquête parlementaire consacrée à l'affaire d'Outreau).
En même temps, l'enchaînement des situations avait pour moi quelque chose d'effrayant de par la description des pathologies, une espèce de sentiment qu'à force de le médicaliser, de le passer au crible de la science, le sujet devient objet, un objet dont il faut expurger tout anormalité. J'essayais d'imaginer ce que l'on aurait pu dire de moi et je suis sûre que l'on aurait pu trouver quelque chose, je suis d'ailleurs sûre que cela vaut pour à peu près tout le monde. Je me suis fait cette réflexion au sujet des cas de handicap psychique, qui sont les plus troubles.

L'après-midi, nouvelle réunion, encore avec les chefs de service, sur le projet de la direction et sur le bilan de mandature à présenter aux élus. L'occasion pour le politique de s'introduire par la petite porte, et c'est ce qui fait tout l'intérêt de bosser en collectivités territoriales à mon sens : même au milieu de considérations administratives les plus triviales qui soient, on n'est jamais bien loin d'enjeux politiques et électoraux (d'autant qu'il y a des élections cantonales début 2011). Ajoutez à cela qu'en matière financière, le désengagement de l'État est tout sauf un mythe, et vous avez de quoi vous amuser. En fait, par désengagement de l'État, il ne faut pas comprendre : "l'État réduit dans les textes sa participation", mais : "l'État réduit dans les textes sa participation ET ne donne pas les sous qu'il doit dans les faits". Quand ensuite le gouvernement accuse les collectivités de beaucoup trop s'endetter, ça fait rire jaune pisseux, très pisseux, même.

Mon quota de réunions ayant explosé en début de semaine, la fin de semaine fut plutôt consacrée à la lecture de tout un tas de trucs et à la tournée des services pour dire bonjour. Car, au total, la MDA, c'est 60 salariés répartis sur 6 étages, auxquels s'ajoutent les étages 7 et 8 qui relèvent pour moi du mystère car je n'y ai pour l'instant jamais mis les pieds. Sur ces 2 étages sont regroupés les services déconcentrés qui s'occupent du territoire de l'agglomération grenobloise. Funny fact : chaque étage a sa couleur, le mien est violet. En outre, telle une bonne série qui se respecte, la MDA a sa pièce mythico-maudite, LA SALLE 105, tintintintin. C'est la pièce où se trouvent tous les dossiers devant être traités, LA pièce dans laquelle réside l'ennemi juré de la DSA. Son nom est Stock, Sur Stock. Il rassemble toute la pile de dossiers en retard, qui auraient dû être traités il y a des semaines de cela et sont toujours en attente. Tout un symbole, au point qu'il existe un indicateur "état de la salle 105" dans le base de donnée informatique...
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